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Revue de Presse

 
21 septembre 2005
Les corneilles à Moscou :
un comportement de plus en plus provoquant


Le comportement des corneilles à Moscou est toujours plus provoquant.


Je l'ai ressenti moi-même. Il n'y pas longtemps, me promenant dans la rue de l'Arbat, j'ai remarqué une corneille agaçant avec son bec la jolie tête de Turandot dont la statue se dresse près du théâtre Vakhtangov. "Oust !", ai-je crié en agitant mon sac. D'un coup d'aile, la corneille a fait une boucle menaçante au-dessus de moi (ce qui devait dire : "Tire-toi de là!"), avant de se poser de nouveau sur la tête dorée de la princesse venue d'un conte de fée.

Mais cette statue ne devrait pas être revêtue d'or véritable. Quant aux coupoles des

nombreuses églises de la capitale, elles sont en or massif. Les corneilles s'offrent le plaisir de becqueter méthodiquement les toits rayonnants à longueur de journée et de confier au vent les minuscules fragments d'or ! De quoi rendre fous les restaurateurs et les conservateurs de musée ! Les espiègleries des corneilles sont déjà qualifiées de "risque de construction non prévu".

Quant à se débarrasser des corneilles, c'est bien difficile. "Nul n'ignore que ces oiseaux sont intelligents, ce sont les primates des volatiles", affirme le docteur en biologie Vladimir Ivanitski, de l'Université d'Etat de Moscou. - Il est aussi difficile de lutter contre les corneilles que contre les loups, ces carnassiers intelligents et malicieux. En fait, la corneille est un loup ailé. Les chercheurs estiment que les corneilles sont tout aussi intelligentes que les perroquets". "L'énergie innée de ces oiseaux, leur capacité à mener différents types d'activité et à faire différentes manipulations ne sont rien d'autre que la manifestation de leur intellect", explique le chercheur.

Dans le monde, il y a une multitude de races de corneilles. Leur population est énorme en raison de leur degré extrêmement élevé d'adaptation et de survie. Les corneilles de Moscou sont grises, avec un bec puissant, leur poids atteint 0,5 kg. Elles nuisent à la capitale depuis des temps immémoriaux, tuant des oiseaux, abîmant les toits, souillant les monuments historiques. Le Kremlin mène une guerre de longue haleine contre les corneilles. A la tombée du jour, on peut y voir un tableau surréaliste : des nuées comptant plusieurs milliers d'oiseaux tournent en criant dans une danse rituelle autour des tours de la vieille forteresse, avant de se poser sur les branches du jardin attenant à la muraille. A l'aube, toute cette foule quitte les arbres et, en criant, va se régaler sur les décharges aux alentours de la ville. En fin de journée, les oiseaux regagnent la ville et "s'occupent de leurs affaires", le plus souvent viles.

Mais pourquoi les corneilles ont-t-elles choisi le Kremlin ? Le fait est que les quartiers attenants à la forteresse, y compris le Jardin Alexandre Ier où elles préfèrent passer la nuit, sont l'endroit le plus chaud de capitale. La "lentille aérienne" qui recouvre Moscou (la ville est, sur son plan, presque ronde) accumule la chaleur justement au centre, explique Vladimir Ivanitski. - Le gradient des températures entre le Kremlin et les quartiers périphériques atteint 5°C. Les corneilles, qui sont des oiseaux intelligents, savent économiser l'énergie et choisissent donc les endroits les plus chauds".

On dit que le vacarme produit par les corneilles au Kremlin mettait hors de lui Josef Staline. La garde se mettait en quatre pour les chasser. Mais les corneilles excellent dans tout ce qui a trait à leur sécurité personnelle. On tirait sur elles, mais les oiseaux ont vite compris quelle était la portée des armes et prenaient soin de ne pas s'exposer et d'éviter les distances dangereuses. On a tenté de les empoisonner, mais les bêtes ignoraient les aliments qu'on leur offrait. On a même essayé d'utiliser contre elles des scintillements, ce que les oiseaux détestent en principe. Mais là aussi, les corneilles ont trouvé le moyen d'éviter les pièges tendus.

La lutte contre les corneilles était une source de migraines pour chacun des chefs de la garnison du Kremlin. L'actuel chef, Sergueï Khlebnikov, est de leur nombre. Aujourd'hui, près de 5 000 bêtes ont élu domicile au Kremlin. Durant la saison des amours, les corneilles n'ont plus peur de rien et s'offrent de belles parties de glissade sur les coupoles des cathédrales. Et pourtant, on marque déjà des points dans la guerre sempiternelle contre ces volatiles. Au service de la garnison, des faucons et des éperviers dressés montent tous les jours dans le ciel pour chasser les intrus ailés (les pigeons se ressentent aussi des effets de cette chasse). Parmi les "défenseurs" du Kremlin, il y a déjà des "héros" : les éperviers Alpha, Macha, Black, véritable terreur des corneilles.

Dans le but de prévenir ces "raids aériens", le Kremlin se défend en faisant appel à un bruit sensé intimider les corneilles. "Mais les moyens acoustiques s'avèrent de peu d'efficacité. Les ornithologues ont essayé d'enregistrer les sons les plus terribles pour les oiseaux, leurs propres cris en cas de danger. Un oiseau capturé était secoué devant un micro avant d'être remis en liberté. Mais les cris des corneilles ne garantissaient pas un effet durable : les oiseaux se rendaient vite compte que ce n'étaient que des cris et qu'il n'y avait pas de danger.

Mais c'est au Zoo de Moscou que le moyen de ramener les corneilles à la raison a enfin été trouvé. Car les problèmes que les carnassiers ailés y créent sont de loin plus nombreux qu'au Kremlin. Les corneilles y volent la nourriture des autres animaux, mutilent les oiseaux aquatiques et volent leurs petits. Des pièges ont été installés ça et là sur le territoire du zoo, une sorte d'abri avec des filets en guise de murs : une auge avec un "repas" installée à l'intérieur attire les corneilles qui y glissent par une fente au milieu du toit. Mais elles ne savent plus en sortir : leur intellect tellement vanté ne suffit plus pour leur suggérer de plier les ailes !

Mais ces abris ne sauraient être installés sur la place Rouge ni devant les cathédrales du Kremlin. Cela veut dire que, dans un proche avenir, les corneilles continueront d'abîmer le revêtement d'or des coupoles moscovites. D'une manière ou d'une autre, les gens sont toujours prêts à les redorer

MOSCOU, 28 septembre - Tatiana Sinitsyna, commentatrice de RIA Novosti.


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Dernière mise à jour le : 13.11.05 15:01