La volière
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Une histoire un peu triste
OU
La désespérance d'un oiseau importé

par Suzy Liebaert

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Prionochilus percussus

Une photo de moi... avant....


Une histoire un peu triste …

Je suis un tout petit oiseau ! Oui tout petit, mais plein de couleurs.

J'aime la nature, le soleil et la liberté. Je suis vif, gai, rapide.

Dans mon pays, les îles de Java, Sumatra, Bornéo et autres îles environnantes. Je vis principalement dans les bois, ou à leur lisière.

Je mange des insectes que j'attrape en jouant, je me régale du nectar des fleurs, je picore les baies sauvages, douces juteuses et sucrées.

J'aime bien ma famille, et mes copains oiseaux. Beaucoup me ressemblent par la taille, mais nous avons des couleurs souvent très différentes.

En fait, nous sommes des cousins, d'espèces variées. Notre famille compte environ 49 espèces différentes.

Cependant, je dois préciser que nous sommes d'un naturel plutôt solitaire, et que nous préférons vivre seul ou en couple, mais pas plus !

Parfois dans un jardin bien riche en arbres à fruits, nous nous rassemblons, le temps d'une cueillette, à 5 ou 6 couples, mais jamais plus. Nous savons respecter le territoire de nos amis, mais nous aimons que l'on respecte le nôtre, et nous nous battons s'il le faut.

La vie est belle.. Quand tout va bien.

Un jour cependant, ma vie a totalement été boulversée!

Un homme, de notre pays, que nous avions vu souvent et dont nous nous sommes pas méfié, est venu avec épuisettes et filets..

A la tombée de la nuit, il nous a attrapé par surprise : nous étions 200, 300 peut-être ! Nous n'avons pas pu fuir.

Quelle frayeur !

Puis il nous a entassé dans de petites boites avec des grillages, un minuscule godet d'eau et une espèce de pâtée sur laquelle nous marchions.

Ni moi, ni les autres n'avons mangé pendant deux jours ! C'était trop triste !

Nous avons bu, certes, car nous n'avions pas envie de mourir… Encore que… Pour vivre dans ces conditions .. .Je me demande si cela vaut le coup !

Quelques uns des nôtres sont morts, du reste : morts de peur, de chaud, de faim et de d'angoisse aussi.

Moi, je suis resté, campé sur mes pattes, serré contre les autres : dans l'adversité et la détresse, plus question de se chamailler ni de se battre pour quelques centimètres carrés de territoire.

Après quelques jours dans ces cageots, nous avons été emportés en camion vers un aéroport !

J'étais épuisé : le bruit, la peur, les chocs, la chaleur, la nourriture insipide ! Quelle tristesse.

Voyage en avion, inutile d'insister ! Mais je vis toujours !

Puis arrivés, là nous avons eu froid ! Toujours cette eau sale à boire, la pâtée immonde, salie par nos propres déjections : l'horreur.

Puis tout à coup, un homme, jeune, blanc, nous sort de nos cageots : Ouf !

Nous sommes lâchés dans une grande pièce, blanche, claire, propre ! Enfin !

Le sol est propre, les perchoirs aussi, la lumière est vive ! Je reprends espoir.

Je peux voler, dégourdir mes pattes et mes ailes : j'aimerais bien me laver, et boire, et manger.

Voilà que l'homme nous donne à boire et à manger : une pâtée acceptable, une boisson jaune, douce, sucrée au miel… Bon cela n'a rien à voir avec le nectar des fleurs, mais c'est bon.

Il y a aussi de l'eau claire, fraîche, et dans un petit pot de minuscules vers bruns clairs se trémoussent !

J'ai faim, alors je mange ! je goûte à tout.

Un jour ou deux de ce régime, et je commence à reprendre mes esprits.

C'est là que je me rends compte que nous sommes beaucoup, beaucoup trop, et tout à coup, les bagarres commencent .

Deux de mes amis se battent, avec force et acharnement : je connais l'issue… C'est un duel à mort : l'un des deux doit mourir, l'un des deux va mourir, l'un des deux est mort !

Au fil des jours des bagarres sanglantes continuent!

Nous n'avons pas d'eau pour nous baigner, alors certains se baignent dans cette boisson sucrée… ils en meurent. On ne peut plus voler les ailes gluantes et collées, on ne peut plus se battre non plus, ni fuir.

Mais l'homme blanc a compris, il nous donne des plateaux pleins d'eau fraîche et propre.

Le temps d'un instant, nous nous amusons, sautillant dans l'eau, lissant nos plumes… Nous oublions presque tout. Comme c'est bon !

La vie reprend peu à peu ses droits.

Puis un beau matin, une femme arrive, elle nous regarde, nous prend en photo, discute et montre du doigt certains d'entre-nous : je fais partie du lot.

Et voilà que l'homme blanc, pourtant gentil, entre de nouveau avec son épuisette à la main !

Et ça recommence !

La peur d'abord, le petit cageot ensuite, et la voiture encore.

Nous sommes six, tous différents, pas vraiment de la même famille.

Nous arrivons dans une nouvelle maison, et là, nous sommes mis trois par trois dans une cage beaucoup plus petite que notre volière.

La boisson sucrée est encore meilleure, la pâtée aussi du reste, mais nous sommes à l'étroit.

Au bout de deux jours, notre frayeur maîtrisée, nous recommençons à nous battre.

Mais ils ne comprennent donc rien ces gens qui passent sans vraiment nous regarder ?

Nos batailles sont toujours des duels ! La fuite ou la mort.

Ici, aucun de nous ne peut fuir.

Bon, enfin la dame a compris que ma cousine fait le siège de la mangeoire et interdit aux deux autres de manger : mais ce qu'elle ne sait pas la dame, c'est que les deux autres ont le choix : soit de mourir de faim, soit de mourir d'un coup de bec assassin ! Elle ne rigole pas la cousine : petite certes, mais solide et forte !

Voilà qu'il y a des changements dans les cages : nous sommes deux par deux maintenant.

Mais ce qu'elle ne sait pas la brave dame, c'est que deux qui ne s'aiment pas d'amour tendre, c'est encore trop. Elle ne comprend pas la dame qu'il va encore y avoir des morts…

Il y a des morts : Un sur deux, je l'avais prédit !

Moi-même j'ai échappé de justesse à une attaque violente : je saigne, je suis blessé au dessus du bec, j'ai mal.

Quelle horrible vie.

Bon, nous sommes maintenant un par cage. Ouf, il leur en a fallu du temps et des morts pour comprendre.

Moi, le blessé, je me retrouve dans une cage blanche, sur un bureau, près de la fenêtre ; mon cousin un peu plus loin dans une autre cage, et ma cousine lointaine tout à côté, dans le même bureau.

Ici il fait clair, il fait chaud aussi.

Moi, j'ai de la chance, j'ai la fenêtre et je peux regarder au loin… Penser et parfois rêver.

Mon cousin, lui, ne va pas bien : le voyage fut difficile, et surtout il déprime ! Il tente de manger, de boire, je crois qu'il va préférer se laisser mourir.

La cousine, elle, la petite peste, est en boule : c'est pourtant elle qui a failli me tuer !

Elle n'est pas bien non plus.

Nous sommes trois éclopés.

La nourriture devient meilleure ( ou alors je m'habitue )! Le breuvage sucré est plus parfumé, on a du y rajouter quelque chose, comme un vague goût de pollen, en plus du miel.

Les fruits sont bons aussi, surprenants mais bons, et la pâtée pas désagréable.

Je suis en train d'aller mieux, mais mon cousin est mort ce matin.

La cousine elle aussi semble aller mieux. La chipie, je la vois qui monte sur la main de la dame, je la vois même manger dans sa main ou dans le godet qu'on lui présente .

Et voilà qu'elle fayote la cousine !

Ce matin elle a même poussé un petit cri d'approche quand la dame est entrée, et la dame a répondu !

J'ai bien rigolé quand j'ai entendu le cri de la dame. Bon, ne cherchons pas à comprendre. Il y a longtemps que je n'avais pas ri

Bon, voilà maintenant que j'ai mal à une patte, je ne peux pas la poser, je ne sais pas ce qu'il m'arrive !

La dame a vu que j'avais mal (tiens, elle regarde celle-là).

Bon elle me parle doucement, je ne comprends rien à ce qu'elle dit, elle entre sa grosse main dans " ma " cage, et elle me prend.

Mon cœur bat à toute vitesse : que va-t-il encore m'arriver ?

Et voilà que la dame pose un petit coton sur ma patte, avec une huile douce, et une huile qui sent bon.

Elle prend aussi un coton humide et tiède qu'elle passe doucement sur ma blessure à la tête, et elle continue de me parler doucement.

Je n'ai pas mal, je n'ai même presque plus peur…

Elle pose doucement quelque chose sur ma tête, me redit des paroles douces, et me remet dans la cage après avoir nettoyé les perchoirs.

Je n'ai plus mal à la patte, je peux la poser. En fait c'était quelque chose de collé qui entrait dans ma peau, entre deux ergots.

Je peux me reposer maintenant, fermer les yeux pour penser à mon pays, réfléchir comment je vais réussir à m'adapter à ma nouvelle vie, car je crois bien que je n'ai plus vraiment le choix.

C'est s'adapter ou mourir, et je suis trop jeune pour mourir.

 

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Dernière mise à jour le : 23.10.02 10:21